Blue Star Media · Brief Quotidien · Mardi 25 août 2026
Une orientation inscrite dans un document budgétaire
L'orientation figure dans un document de préparation du budget, ce qui lui donne une portée différente d'une déclaration d'intention. La lettre circulaire relative à la préparation du projet de loi de finances 2027, signée le 31 juillet 2026 par le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno, prévoit l'interdiction des exportations de bétail sur pied à compter du 1er janvier 2028. D'ici cette date, le gouvernement se donne pour tâche d'achever les abattoirs en construction et de développer les chaînes du froid, les plateformes logistiques, les infrastructures de contrôle sanitaire et les moyens de transport adaptés, afin de substituer progressivement des exportations de viande et de produits transformés aux exportations d'animaux vivants. Le texte demande que l'industrialisation privilégie la transformation locale, avec une attention particulière portée à la filière bétail et viande.
La traduction physique s'est signée le 19 août 2026 à N'Djamena. Six accords lient l'État tchadien à ARISE Integrated Industrial Platforms et à Laham Tchad SA pour le développement de la zone industrielle de N'Djamena, ZINDJAM : le foncier, la conception et le développement de la zone, le bail emphytéotique, le cahier des charges, la convention de préfinancement des infrastructures publiques et le contrat de fourniture d'électricité entre TchadElec et ARISE. Le site couvre 622 hectares, dont 311 consacrés à l'élevage, 280 aux parcs ainsi qu'aux zones de quarantaine et d'achat, et 31 à une centrale électrique fonctionnant au gaz. Les travaux de terrassement avaient commencé en août 2025, de sorte que la signature intervient après le démarrage des premières opérations sur le terrain. Aucun montant d'investissement n'a été communiqué lors de la cérémonie, et c'est une donnée manquante qu'il faut signaler comme telle.
Le montage n'est pas nouveau, il s'élargit. Laham Tchad SAS a été créée le 16 mars 2022, après un protocole d'accord conclu en juillet 2021 entre ARISE IIP et la République du Tchad, et elle est associée au développement de trois pôles industriels : ZINDJAM à N'Djamena, ZIILOG dans le Logone et ZISARH à Sarh. ARISE IIP exploite par ailleurs des zones industrielles au Gabon, au Bénin et au Togo. Le contrat d'électricité constitue un volet distinct des cinq autres pour une raison simple : l'abattage, la transformation et la conservation supposent une alimentation régulière.
Le poids de la filière
Selon le rapport annuel 2024 de la Banque des États de l'Afrique centrale, les exportations tchadiennes de bétail ont rapporté 220 milliards de FCFA en 2024, contre 136,4 milliards en 2020, soit une progression de 61,2 % en quatre ans. Le bétail représente 8 % des exportations du pays, derrière le pétrole à 84 %. La mesure de 2028 prolonge une séquence engagée le 1er janvier 2025 avec un relèvement de 33,3 % de la taxe sur les ventes de bétail, et s'inscrit dans la stratégie Tchad Connexion 2030, qui prévoit 400 milliards de FCFA d'investissements pour la filière bétail et viande.
Le Cameroun des deux côtés
Côté marché d'abord : le pays figure parmi les principaux débouchés du cheptel tchadien, avec le Nigeria et le Congo. La note du ministère camerounais de l'Élevage, des Pêches et des Industries animales intitulée Situation de la production et des importations du sous-secteur de l'élevage, des pêches et des industries animales, datée de 2023, fait état de 49 606 têtes de bovins importées du Tchad. C'est la référence officielle disponible ce jour ; une série plus récente n'a pas été consultée, et le chiffre est donc à lire avec sa date. Une interdiction d'exporter des animaux vivants touche donc, mécaniquement, une partie de l'approvisionnement carné camerounais, et pas seulement une activité de transit.
Côté logistique ensuite. Exporter de la viande n'est pas exporter des animaux : le produit change, et la chaîne qui le porte change avec lui. Il faut de la capacité frigorifique, une continuité du froid sans rupture sur l'ensemble du parcours, une certification sanitaire reconnue par les marchés de destination et un traitement douanier calibré pour des marchandises périssables. C'est un métier différent de celui qui consiste à faire passer des conteneurs secs et des vracs vers l'hinterland, et il se prépare en amont, pas au moment où les premiers volumes se présentent.
Deux échéances de 2028 sur le même corridor
Un second calendrier converge vers la même année. Le Conseil des ministres de la CEMAC a fixé, par une décision du 23 février 2024, l'interdiction totale d'exporter des grumes à compter du 1er janvier 2028, échéance initialement prévue pour janvier 2022 puis reportée. Le Cameroun avance sur cette trajectoire : par arrêté du 28 avril 2026, le ministère des Forêts et de la Faune a porté de 76 à 91 le nombre d'essences interdites à l'exportation en grumes, 23 essences demeurant autorisées sous le régime dit de promotion moyennant une surtaxe, l'azobé faisant l'objet de quotas ministériels. Deux rentes d'exportation à l'état brut, le bétail vivant et la grume, sont ainsi programmées pour s'éteindre la même année, et les deux flux empruntent le même corridor.
Deux réserves de lecture s'imposent. La première est que ces échéances sont, à ce stade, des orientations inscrites dans une circulaire budgétaire et dans une décision de conseil des ministres, non des faits accomplis ; le calendrier des grumes a déjà été déplacé une fois, ce qui est un élément de dossier et non une prédiction. La seconde est que l'absence de montant publié pour ZINDJAM interdit d'évaluer aujourd'hui le rythme réel des travaux.
Ce qu'il faut retenir
Le Tchad prévoit d'interdire l'exportation de bétail sur pied au 1er janvier 2028, orientation inscrite dans la circulaire budgétaire signée le 31 juillet 2026.
ZINDJAM, 622 hectares dont 311 pour l'élevage, en est la traduction physique, encadrée par six accords signés le 19 août 2026. Aucun montant n'a été publié.
Le bétail pèse 220 milliards de FCFA d'exportations en 2024 et 8 % des exportations tchadiennes, derrière le pétrole à 84 %.
Le Cameroun est à la fois marché acheteur, avec 49 606 têtes de bovins importées selon une note de 2023, et débouché maritime des futures exportations transformées.
La même année 2028 marque l'interdiction régionale d'exporter des grumes, décidée par la CEMAC le 23 février 2024.
Sources
Primaires : lettre circulaire de préparation du projet de loi de finances 2027 de la République du Tchad, signée le 31 juillet 2026 ; Banque des États de l'Afrique centrale, rapport annuel 2024 ; ministère camerounais de l'Élevage, des Pêches et des Industries animales, note 2023 ; communication du ministère tchadien du Commerce sur les accords ZINDJAM du 19 août 2026 ; décision du Conseil des ministres de la CEMAC du 23 février 2024 ; arrêté du ministère camerounais des Forêts et de la Faune du 28 avril 2026.
Secondaires : EcoMatin (3 août 2026) ; Sikafinance (21 août 2026) ; Journal du Cameroun ; Investir au Cameroun et Greenpeace Afrique.
Aucun montant d'investissement n'a été publié pour ZINDJAM à la date de rédaction. Les données camerounaises d'importation de bovins portent sur 2023 et sont citées avec leur date.
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