Blue Star Media, Brief Quotidien du jeudi 3 septembre 2026.

Un code, onze États, une nomenclature

Le premier calendrier est douanier. Le code des douanes harmonisé CEEAC-CEMAC, pris par la décision n° 5/CEEAC/CCEG/XXV/24 du 18 octobre 2024 de la conférence des chefs d'État de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale, est applicable depuis le 1er janvier 2026. Sa portée est d'abord juridique. Avant cette date, une marchandise circulant d'un État de la CEEAC non membre de la CEMAC vers le Cameroun relevait de deux corpus distincts. Elle relève désormais d'un instrument unique, avec les mêmes étapes administratives, les mêmes exigences documentaires et les mêmes voies de recours de Douala à Libreville. Le texte reprend la nomenclature du Système harmonisé de l'Organisation mondiale des douanes dans sa version SH 2022.

Sur le barème lui-même, deux lectures coexistent et cette note ne les arbitre pas. La Direction générale des douanes, reprise par le Conseil national des chargeurs du Cameroun, décrit un tarif extérieur commun échelonné de 0 à 40 % : taux nul sur les semences de céréales et le matériel aéronautique, de 5 à 20 % sur les animaux vivants, les véhicules de tourisme, les tracteurs, les produits laitiers et le ciment, 20 % sur les viandes et les produits de la pêche extra-régionaux, 40 % sur la poudre de cacao, le tabac, les eaux minérales, les tissus et le prêt-à-porter. Le Cameroon Economic Policy Institute décrit pour sa part un tarif extérieur commun CEMAC à quatre taux principaux, 5, 10, 20 et 30 %. Les deux descriptions ne portent pas sur le même périmètre et sont citées séparément.

Une onzième phase européenne, et un calendrier continental plus lent

Le deuxième calendrier est européen. Depuis le 4 août 2026, l'accord d'étape vers l'Accord de partenariat économique entre le Cameroun et l'Union européenne est dans sa onzième phase de mise en oeuvre. Les Groupes 1 et 2, qui rassemblent les matières premières, les biens d'équipement, les médicaments, les engrais, les semences, certains équipements industriels, véhicules utilitaires et intrants de production, sont désormais démantelés à 100 %. Le Groupe 3, qui couvre certains véhicules, motocycles, équipements électroniques et produits à fort rendement fiscal, atteint 70 %. Le CNCC assortit cette annonce de deux avertissements que tout importateur devrait relire : le bénéfice du régime dépend du classement tarifaire et du code SH de la marchandise, et un classement retenu lors d'une phase antérieure ne se reconduit pas automatiquement.

Le troisième calendrier est continental, et c'est le plus lent. La Zone de libre-échange continentale africaine prévoit la libéralisation de 90 % des lignes tarifaires, soit 5 838 lignes, en cinq ans pour les pays qui ne relèvent pas de la catégorie des moins avancés et en dix ans pour les autres. S'y ajoutent 7 % de lignes sensibles, soit 408 lignes, libéralisées sur une période plus longue, et 3 %, soit 175 lignes, exclues. Pour la région CEMAC, le démantèlement ne commence qu'à la sixième année, soit 2026, au rythme indiqué de 0,77 % par an jusqu'à un tarif nul en 2033. La note du CEPI qui donne ce pas annuel ne le recoupe pas explicitement avec la durée de treize ans mentionnée au livre tarifaire électronique de la CEMAC pour les produits sensibles ; les deux horizons sont donc rapportés tels quels, sans être conciliés.

Ce qui bloque une opération n'est pas le taux

Ces trois calendriers ont un point commun qui est aussi la limite de leur portée pratique : ils fixent des taux, ils ne délivrent pas de préférence. Un exportateur ne bénéficie pas d'un accord, il bénéficie d'une ligne tarifaire pour laquelle une pièce d'origine a été produite et acceptée. Deux dossiers documentés par le CEPI le montrent sans ambiguïté. Un distributeur d'urée granulée, position SH 31021000, qui basculait un approvisionnement de l'Ukraine vers le Nigeria, n'a pas pu opérer sous ZLECAf : le pays exportateur n'avait pas achevé ses procédures internes, de sorte que ni le livre tarifaire ni l'attestation d'origine n'étaient disponibles à la frontière. Un importateur de plâtre, position SH 25.20.20.90, en provenance de Tunisie, s'est vu appliquer le taux de la nation la plus favorisée, 10 %, le livre tarifaire électronique CEMAC plaçant ce produit sur un démantèlement de treize ans qui ne commençait qu'à la sixième année. Dans les deux cas, le taux négocié existait. L'opération s'est faite hors préférence.

Le corollaire est que la préférence se compte en dossiers constitués, produit par produit et entreprise par entreprise, et non en pourcentage de lignes libéralisées. Le régime préférentiel CEMAC fonctionne ainsi depuis longtemps : les produits agréés circulent en franchise de droits et sans restriction quantitative, mais seulement une fois l'agrément obtenu. Le ministère du Commerce recensait, à l'occasion de la cinquième cérémonie d'agrément, 210 nouveaux produits pour 15 entreprises, s'ajoutant à un cumul de 50 entreprises pour 529 produits au titre de la CEMAC et de 36 entreprises pour 249 produits au titre de la CEEAC. Cet état de publication est antérieur à l'entrée en vigueur de la ZLECAf et se lit comme un repère de 2020. Côté continental, la Commission de la CEEAC indiquait en juillet 2026 que 400 produits d'Afrique centrale étaient déjà éligibles au régime préférentiel, et se fixait pour objectif de dépasser ce seuil.

Le compteur camerounais, lui, est court et daté. La première attestation d'origine ZLECAf a été délivrée le 6 octobre 2022 au bénéfice du GIC Afatex, pour des safous, de l'ananas séché et du gingembre expédiés vers le Ghana. Deux autres attestations ont suivi le même mois pour Cameroon Tea Estate et Ndawara Tea Estate, qui ont exporté 38,6 kg de thé vers la même destination. La première importation sous régime ZLECAf est arrivée le 3 juillet 2023, une cargaison de résine de Tunisie pour Inoda Industries, avec un abattement de 30 % des droits au titre de la phase pilote de l'initiative de commerce guidé. Alucam s'est ajoutée depuis avec des lingots d'aluminium vers l'Algérie. Quatre ans après la première attestation, le nombre d'entreprises camerounaises effectivement engagées sous ce régime reste limité.

L'appareil de formation s'est en revanche étoffé en 2026. Le CNCC a tenu à Kribi les 29 et 30 avril, avec l'Union européenne et le programme PAIRIAC, un atelier consacré à l'administration de la preuve d'origine dans le cadre de l'APE. Il a coorganisé à Douala du 29 juin au 2 juillet, avec l'Organisation mondiale des douanes et l'Union européenne, un atelier sur les règles d'origine ZLECAf réunissant une quinzaine d'entreprises, dans le cadre du programme RoO Africa. L'objectif annoncé est la constitution d'un noyau national de formateurs, chargés de relayer ensuite auprès des agents des douanes, des transitaires et des chargeurs.

Ce qu'il faut retenir

Trois calendriers tarifaires ont bougé en 2026 : le code des douanes harmonisé CEEAC-CEMAC au 1er janvier, la onzième phase de l'APE au 4 août, et la première année de démantèlement ZLECAf pour la CEMAC.

Aucun des trois ne délivre une préférence. Ils fixent des taux ; le droit à ces taux s'ouvre par un agrément ou une attestation d'origine.

Deux importations documentées ont échoué non sur le taux mais sur la disponibilité d'un livre tarifaire et d'un certificat à la frontière.

Le compteur utile pour un chargeur n'est pas le pourcentage de lignes libéralisées, c'est le nombre de dossiers d'origine effectivement constitués.

Trois échéances à surveiller : la liste des produits éligibles à la phase 11 de l'APE auprès de la DGD, la fin des négociations sur les règles d'origine ZLECAf pour le textile, l'habillement et l'automobile, et le rythme d'instruction des agréments au régime préférentiel.

Sources

Primaires. Conseil national des chargeurs du Cameroun, note technique du 20 août 2026 sur la onzième phase de l'APE Cameroun-Union européenne, et note sur l'application du tarif extérieur commun CEEAC citant la Direction générale des douanes. Ministère du Commerce, régime préférentiel CEMAC et agréments de produits d'origine, état de publication antérieur à 2021, daté comme tel. Décision n° 5/CEEAC/CCEG/XXV/24 du 18 octobre 2024 portant code des douanes harmonisé CEEAC-CEMAC, citée et référencée par le CEPI, non consultée dans son texte intégral. Drewry, World Container Index du 27 août 2026.

Secondaires. Cameroon Economic Policy Institute, note du 25 janvier 2026 sur la loi de finances et revue de sept ans de mise en oeuvre de la ZLECAf (2025), source la plus sollicitée de cette édition. Investir au Cameroun, 1er juillet 2026. ITTC Network, janvier 2026. tralac.

Réserves. Divergence non lissée sur le barème du tarif extérieur commun et sur la part de l'Afrique dans le commerce camerounais. Le pas annuel de 0,77 % et la cible de 2033 ne se recoupent pas explicitement avec la durée de treize ans du livre tarifaire électronique CEMAC. Aucun lien de causalité n'est établi entre le niveau des agréments et le niveau des échanges intra-africains. Aucune conversion en dollars n'est opérée hors des sources qui la publient ; la parité fixe retenue pour l'euro est 1 EUR = 655,957 FCFA.

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