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Blue Star Media · Brief Quotidien · 17 octobre 2026

En convertissant 381 milliards de FCFA de créances en actions, l'État porte sa participation directe dans la Sonara à 98,09 %. L'opération remet les comptes en règle au regard du droit OHADA. Elle ne finance pas les 700 milliards de FCFA de la reconstruction de la raffinerie de Limbé.

Travaux de maintenance pendant un arrêt technique dans une raffinerie au Cameroun, février 2017. Photo : Okane nyatoh daniel, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons (fiche du fichier)

L'État camerounais détient directement 98,09 % du capital de la Société nationale de raffinage (Sonara), contre 81,95 % auparavant. La recapitalisation et le nouveau capital de 184,92 milliards de FCFA avaient été rendus publics en juin ; un avis notarié daté du 14 octobre à Limbé en précise désormais la répartition entre les cinq actionnaires, rapporte Investir au Cameroun. Sur 3 216 058 actions, l'État en possède 3 154 660. Les quatre autres actionnaires ont gardé tous leurs titres mais sont dilués. TotalEnergies Marketing Afrique, seul actionnaire privé, conserve ses 13 592 actions et passe de 4 % à 0,42 % ; la Société nationale des hydrocarbures (SNH), la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) et la Société nationale d'investissement (SNI), toutes trois publiques, reculent respectivement de 6,06 % à 0,64 %, de 4,22 % à 0,45 % et de 3,77 % à 0,40 %. L'État était représenté par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, précise EcoMatin.

La recapitalisation a pris la forme d'un « coup d'accordéon » : deux réductions de capital encadrant une augmentation réservée à l'État. La Sonara a d'abord annulé 278 777 actions, soit exactement la totalité des titres que l'État détenait en direct. L'État a ensuite souscrit seul 6 628 200 actions nouvelles d'une valeur nominale de 57 500 FCFA, soit 381,12 milliards de FCFA, avec suppression du droit préférentiel de souscription des autres actionnaires. Les actions ont été libérées par compensation avec des « créances certaines, liquides et exigibles » détenues en compte courant. Une seconde réduction a annulé 3 473 540 de ces actions nouvelles, ce qui laisse à l'État ses 3 154 660 titres. Les deux annulations n'ont donc frappé que l'État ; les minoritaires n'ont perdu aucune action. Au total, le capital social passe de 19,56 à 184,92 milliards de FCFA. EcoMatin chiffre la conversion à 165 milliards, qui correspondent à la hausse nette du capital ; l'avis indique que la totalité de la souscription de 381,12 milliards a été libérée par compensation. Selon Économie du Cameroun, les capitaux propres devaient s'établir à 108 milliards de FCFA après l'opération, soit 58 % du nouveau capital d'après notre calcul. Les capitaux propres repassent ainsi au-dessus de la moitié du capital social, seuil sous lequel l'Acte uniforme OHADA oblige les actionnaires à se prononcer sur une dissolution anticipée. Sans la seconde réduction, le capital serait de 384,65 milliards et ils n'en représenteraient que 28 %.

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381,12 : milliards de FCFA de créances de l'État sur la Sonara converties en actions

Un importateur qui a perdu 76 milliards de FCFA en 2025

La Sonara n'a plus raffiné un baril depuis l'incendie du 31 mai 2019. Elle vit de l'importation de carburant. Ses comptes 2025, publiés par Business & Finance International, montrent un chiffre d'affaires porté à 317,7 milliards de FCFA, contre 138 milliards en 2024, grâce à la revente de produits importés. Malgré 84,1 milliards de subventions d'exploitation, la société a enregistré une perte de 76,2 milliards, après une perte de 42 milliards en 2024. Ses dettes à court terme atteignaient 701,7 milliards de FCFA à fin 2025, dont 477,6 milliards de dettes fiscales et sociales et 212,9 milliards de dettes fournisseurs. La Caisse autonome d'amortissement (CAA), qui gère la dette de l'État, évalue la dette financière intérieure et extérieure de la Sonara à 559,1 milliards de FCFA à fin mars 2026, contre 625,6 milliards un an plus tôt, rapporte EcoMatin. Le premier chiffre recense tout le passif à court terme au 31 décembre 2025 ; le second, la dette bancaire et envers les négociants restructurée que suit la CAA. Ils se recoupent : les additionner reviendrait à compter deux fois une partie de la dette. L'avis du 14 octobre ne précise pas quelles créances ont été converties.

Depuis mars 2020, la structure des prix des carburants comporte une ligne de « soutien à la raffinerie » de 47,88 FCFA par litre, destinée à apurer les dettes de la Sonara envers les banques et les négociants. Environ 479 milliards de FCFA avaient été reversés dans des comptes de la BEAC au 31 octobre 2025, a indiqué aux députés le 28 novembre 2025 le ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, cité par EcoMatin. C'est le cumul de cinq ans et demi de prélèvements, non un solde. Avec un prix à la pompe gelé, le Trésor débourse bien plus par litre que la ligne ne rapporte : en octobre, le soutien de l'État atteignait 430,30 FCFA par litre de gasoil, environ neuf fois le prélèvement, pour un prix maintenu à 828 FCFA à Douala, selon les structures de prix de la CSPH citées par Investir au Cameroun. Le soutien aux prix a coûté 57 milliards de FCFA pour le seul mois de septembre, selon le ministre des Finances, soit environ 18,4 % des 310 milliards prévus pour l'ensemble des subventions à l'énergie en 2026, carburants et électricité compris, dans le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029.

Le projet présenté aux investisseurs à Yaoundé les 29 et 30 juin coûte 700 milliards de FCFA, selon Investir au Cameroun, soit plus du double des 300 milliards estimés par l'étude de faisabilité d'Axens et annoncés par le Premier ministre en novembre 2025. Il ajoute une unité d'hydrocraquage pour traiter le brut lourd camerounais et porte la capacité de 2,1 millions de tonnes par an, celle de l'ancienne usine, à au moins 3,5 millions. Le schéma envisagé est un partenariat public-privé de type DBFM (conception, construction, financement, maintenance) : le partenaire privé finance, la Sonara reste propriétaire et exploitante. Les 167 participants réunis par le ministère des Finances ont demandé des garanties juridiques renforcées, une période de grâce pendant les travaux, une meilleure couverture du risque de change et un calendrier plus réaliste pour le bouclage financier. Selon EcoMatin, plusieurs participants ont jugé 3,5 millions de tonnes insuffisants pour assurer la rentabilité ; le rapport de la Commission multisectorielle chargée du suivi du contrat de PPP situe, selon les standards internationaux, le seuil de rentabilité autour de 5 millions de tonnes par an. Pour boucler le financement après la signature du contrat, ils ont proposé de 12 à 24 mois, avec une cible d'environ 18 mois, au lieu des six prévus. Ils ont aussi demandé que la garantie de l'État, un compte de réserve alimenté par la « Ligne 30 », soit renforcée, et relevé l'absence de contrat d'approvisionnement en brut avec la SNH.

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Sans la seconde réduction, les capitaux propres ne représenteraient que 28 % du capital.

Le coup d'accordéon de la Sonara : voté le 17 juin, publié le 14 octobre

En milliards de FCFA ; mouvements du capital social, sans apport de trésorerie ; capitaux propres à part

  • Capital social avant : 19,56

  • Réduction 1 : totalité des anciennes actions de l'État annulées : 16,03

  • Actions nouvelles souscrites par l'État : 381,12

  • Réduction 2 : 3 473 540 actions nouvelles de l'État annulées : 199,73

  • Capital social après : 184,92

  • Pour mémoire : capitaux propres après (juin) : 108

Source : avis notarié du 14 octobre 2026, d'après Investir au Cameroun ; capitaux propres : Économie du Cameroun (29 juin 2026).

La recapitalisation ne modifie pas, à elle seule, l'activité de négoce de la Sonara, mais celle-ci gagne des parts de marché, ce qui concerne directement les importateurs privés. Selon sa direction, citée par Économie du Cameroun, la Sonara a couvert plus du tiers du marché national en 2025 et vise la moitié en 2026, après avoir reconverti des bacs de brut en 190 000 mètres cubes de stockage de produits finis. Le ministère des Finances estime la demande nationale de produits pétroliers à 2,1 millions de tonnes par an. Une seconde raffinerie se prépare à Kribi, portée par Cstar, détenue par Ariana Energy (49 %), Tradex (31 %) et la SNH (20 %) ; la SNH détenant 54 % de Tradex, elle pèse sur 51 % du capital de Cstar. Le calendrier présenté au siège de la SNH le 27 février vise une première production vers le 25 décembre 2026 à 10 000 barils par jour, puis 30 000 à partir de 2027, bien avant l'échéance initiale de juin 2028. Ce sont des objectifs annoncés, non des dates de production confirmées. La SNH se trouve ainsi de plusieurs côtés : actionnaire de la Sonara, principal partenaire de Cstar et commercialisateur du brut camerounais, sans contrat d'approvisionnement avec la Sonara. Le contrat de la Sonara devra préciser quel brut elle traitera et où sera vendu l'éventuel surplus.

La Sonara gagne du terrain sur le marché des carburants

En % de la demande nationale de produits pétroliers couverte par la Sonara, selon la direction ; 2026 : objectif

  • 2023 : 0,8 %

  • 2024 : 11 %

  • 2025 : 35 %

  • 2026 (objectif) : 50 %

Source : direction de la Sonara, citée par Économie du Cameroun (29 juin 2026). Chiffres de la direction, non audités.

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Analogie : Vous avez prêté de l'argent à un ami pour sa boutique. Au lieu d'être remboursé, vous prenez des parts. Il n'a plus à vous rembourser et vous devenez presque seul propriétaire, mais il n'a pas un franc de plus en caisse pour regarnir ses rayons. C'est ce que l'État a fait avec la Sonara.

Qui porte désormais le risque

En droit, les minoritaires perdent quelque chose : à 1,91 % à eux quatre, ils ne peuvent plus réunir les 10 % du capital que l'article 159 de l'Acte uniforme OHADA exige pour demander en justice une expertise de gestion, même si leurs autres droits d'actionnaires demeurent. En pratique, peu change. Trois des quatre sont des entités publiques, l'actionnariat public atteint 99,58 % et l'État disposait déjà de la majorité pour contrôler les assemblées générales. Les créanciers bancaires et les négociants sont mieux placés, puisque les créances converties de l'État passent désormais derrière eux, en capital. Les administrateurs de la Sonara voient dans la recapitalisation « un gage de crédibilité » auprès des futurs financeurs, rapportait EcoMatin en juillet. L'argument se tient : dans un DBFM, la Sonara reste propriétaire et exploitante, et c'est son bilan que liront les prêteurs. Ils y trouveront 108 milliards de FCFA de capitaux propres face à 701,7 milliards de dettes à court terme à fin 2025, une créance de 42,8 milliards au profit du négociant Sahara Energy, devenue définitive quand la Cour suprême britannique a refusé à la Sonara l'autorisation de faire appel le 29 juin, et une garantie de l'État que les investisseurs ont déjà jugée insuffisante. Le 30 juin, le ministère des Finances indiquait que leurs observations serviraient à finaliser l'appel à manifestation d'intérêt ; Blue Star Media n'en a pas trouvé trace depuis. L'État a rendu la Sonara solvable sur le papier. Il ne l'a pas encore rendue finançable.

À suivre

  • 1er novembre 2026 : Entrée en vigueur du nouveau régime des placements privés de la Cosumaf

  • Début novembre 2026 : Structure des prix des carburants de novembre (CSPH)

  • Date non annoncée : Appel à manifestation d'intérêt pour le partenariat de reconstruction de la Sonara

  • Fin 2026 : Cstar : essais et mise en service des équipements promis à Kribi ; la première production reste un objectif

En bref

Banque mondiale : 5,01 milliards de dollars approuvés, 4,129 milliards couverts par des accords signés. Le ministère de l'Économie (Minepat) a indiqué le 15 octobre, à Bangkok, en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, que la Banque avait approuvé 5,01 milliards de dollars pour 21 projets au Cameroun, dont six régionaux, mais que les accords de financement signés portent sur 18 projets actifs, pour 4,129 milliards, rapporte Investir au Cameroun. L'écart de 881 millions de dollars ne porte pas sur le même périmètre de projets et le ministère n'a pas publié leur liste : il ne peut donc être lu comme des financements approuvés restant à signer. Signé ne veut pas dire décaissé. Yaoundé demande des délais plus courts pour les avis de non-objection.

La Cosumaf lève le plafond de 20 milliards des placements privés au 1er novembre. À partir du 1er novembre, un émetteur pourra lever plus de 20 milliards de FCFA sur douze mois par placement privé sur le marché de la CEMAC, sans appel public à l'épargne, selon le règlement adopté le 7 octobre à N'Djamena par le Comité ministériel de l'UMAC, sur proposition de la Cosumaf, rapporte Investir au Cameroun. Chaque émetteur sera limité à deux placements privés sur 24 mois glissants. Le nombre maximal d'investisseurs qualifiés passe de 40 à 99, avec une souscription minimale de 10 millions de FCFA ; un particulier doit justifier d'un patrimoine net d'au moins 50 millions. Les titres pourront être revendus à d'autres investisseurs qualifiés sur un compartiment dédié de la BVMAC.

Terminal Bois du Port de Douala : 47 FCFA d'actifs courants pour 100 FCFA de passifs courants. Au 30 juin 2026, le Terminal Bois du Port de Douala (TBPD) affichait 7,59 milliards de FCFA de passifs courants pour 3,60 milliards d'actifs courants, selon le rapport annuel de l'australien Canyon Resources publié le 30 septembre, cité par Investir au Cameroun. Ses capitaux propres restent positifs, à environ 729 millions de FCFA. Canyon détient 42,82 % du terminal par sa filiale Camalco, après une augmentation de capital de 347,4 millions de FCFA votée le 31 mars, et compte passer par Douala pour exporter la bauxite de Minim-Martap. Le rapport ne permet d'établir ni le calendrier de remboursement de ces passifs ni la trésorerie disponible : le ratio est un signal d'alerte, pas une preuve de défaillance.

Orange Money et MTN MoMo ont encaissé 21,5 milliards de FCFA d'intérêts en 2025. À fin 2025, Orange Money détenait 193 milliards de FCFA sur des comptes bancaires de cantonnement pour 162,3 milliards de fonds reçus de ses clients, et MTN MoMo 280 milliards pour 229,3 milliards. Ces comptes leur ont rapporté 9,9 et 11,6 milliards de FCFA d'intérêts, selon le rapport du Comité national économique et financier publié le 2 octobre, cité par Investir au Cameroun. Les taux vont jusqu'à 6,6 %. Dans le règlement CEMAC de 2018 sur les services de paiement, l'article 54 réserve cette rémunération à l'établissement de paiement et l'article 9 lui interdit d'en verser aux détenteurs de portefeuilles. L'excédent de 81,4 milliards sur les fonds des clients n'est pas expliqué par le rapport et ne peut être assimilé à un bénéfice.

Standard Chartered a cédé sa filiale camerounaise pour 29 millions de dollars. Standard Chartered a reçu 29 millions de dollars, environ 16,3 milliards de FCFA, pour la cession de Standard Chartered Bank Cameroon à Access Bank, achevée le 5 décembre 2025, selon ses comptes 2025 publiés le 24 février et relevés par Investir au Cameroun. Le prix n'avait pas été communiqué lors de la finalisation de l'opération. Le groupe britannique a comptabilisé une perte de cession de 5,3 millions de dollars, dont 9 millions de dollars d'écarts de conversion transférés des capitaux propres au compte de résultat.

Sources

  1. EcoMatin, la part de TotalEnergies dans la Sonara chute à 0,42 %, 16 oct. 2026 : https://ecomatin.net/cameroun-la-participation-de-totalenergies-dans-la-sonara-chute-de-4-a-042

  2. EcoMatin, la dette de la Sonara recule de 66 milliards (données CAA), 19 mai 2026 : https://ecomatin.net/cameroun-la-dette-de-la-sonara-recule-de-66-milliards-fcfa-en-un-an

  3. EcoMatin, 479 milliards sécurisés à la BEAC pour la dette de la Sonara, 5 déc. 2025 : https://ecomatin.net/cameroun-479-milliards-fcfa-securises-a-la-beac-en-5-ans-pour-apurer-la-dette-de-la-sonara

  4. Investir au Cameroun, Motaze chiffre à 57 milliards le soutien aux prix en septembre, 14 oct. 2026 : https://www.investiraucameroun.com/energie/1410-23965-carburants-motaze-chiffre-a-57-milliards-de-fcfa-le-soutien-aux-prix-en-septembre-2026

  5. Agence Ecofin, la réhabilitation de la Sonara estimée à 300 milliards (Axens), 5 déc. 2025 : https://www.agenceecofin.com/actualites-infrastructures/0512-134061-cameroun-la-rehabilitation-de-la-sonara-coutera-finalement-533-millions-usd

  6. Africtelegraph, la Sonara déboutée à Londres face à Sahara Energy, 10 sept. 2026 : https://africtelegraph.com/blog/sonara-deboutee-a-londres-face-a-sahara-energy-sur-428-milliards-fcfa/

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