Blue Star Media · Brief Quotidien · 13 octobre 2026

Le Cameroun lance l'appel d'offres pour reconstruire 167 km de la route Douala-Yaoundé. Les 58 km les plus proches du port, où passent le plus de camions, attendent un financement encore à confirmer.

La route nationale n° 3 à Édéa, juillet 2020. Photo : Simbanematick, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons (fiche du fichier)

Le ministère des Travaux publics a lancé le 8 octobre un appel d'offres international pour reconstruire 167 km de la route nationale n° 3 (RN3) entre Yaoundé et Édéa. C'est par cette route que les camions acheminent les marchandises du port de Douala vers l'intérieur du pays et la Centrafrique. Les offres sont attendues le 24 novembre. Le chantier compte trois lots de 52,05 km, 52,05 km et 62,9 km, menés simultanément sur 30 mois chacun, et environ 45 km recevront des sections à 2×2 voies, dont des voies de dépassement, selon Investir au Cameroun (source 1). Le financement vient de la Banque mondiale. Son conseil d'administration a approuvé le 12 juin un programme de 1,12 milliard de dollars pour le corridor Douala-Bangui, dont 425 millions pour le Cameroun dans la première phase (source 2).

L'appel d'offres s'arrête à Édéa. Les 58 km qui la séparent de Douala forment la section la plus fréquentée du corridor, avec environ 4 583 camions, 5 012 voitures et 1 592 bus et minibus par jour, selon le document de projet de la Banque mondiale (source 3). Ce tronçon, avec un second pont sur la Dibamba (sources 1, 5), est préparé à part avec l'Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d'investissement et l'Union européenne. D'après la Banque mondiale, l'enveloppe des partenaires reste à confirmer et la solution technique est encore discutée ; les partenaires visent une approbation au quatrième trimestre 2026 (source 3). Le ministère mesure la section à 51 km, jusqu'au pont sur la Dibamba (source 5).

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4 583 : camions par jour entre Douala et Édéa, la section la plus fréquentée du corridor, hors de l'appel d'offres du 8 octobre

Camions, contrôles et pesage

Les camions qui quittent le port, ou les minoteries regroupées autour de Douala, à Bonabéri et à Bassa (source 6), empruntent ce tronçon avant d'atteindre celui qui va être reconstruit. Plus loin, le trafic diminue, mais leur part y est plus forte (voir graphique). Autre possibilité, la ligne Douala-Yaoundé-Bélabo-Ngaoundéré, que la Banque mondiale juge essentielle pour le carburant, le bois et d'autres marchandises, est réhabilitée dans le cadre d'un projet distinct (source 3).

La Banque mondiale évalue le coût du transport routier sur le corridor entre 0,35 et 0,40 dollar par tonne-kilomètre, plus du double de la moyenne de l'Afrique australe (source 4). Sur l'ensemble des 1 400 km jusqu'à Bangui, les coûts peuvent atteindre 270 dollars la tonne et le trajet routier dure en général de neuf à douze jours (source 3). Sur la section camerounaise, les camions franchissent 38 postes de contrôle. Dix-sept sont associés à des paiements informels. La Banque attribue une large part des coûts à l'état de la route, aux procédures aux frontières, à la sécurité, à la structure du marché du camionnage, aux files d'attente et à l'affectation des camions au port de Douala et aux paiements informels, et estime que les routes neuves ne font baisser les prix qu'accompagnées de réformes (source 3).

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Sur la section camerounaise, les camions franchissent 38 postes de contrôle.

Camions par jour sur la route Douala-Yaoundé

Trafic journalier moyen de camions par section ; part des camions dans l'ensemble des véhicules entre parenthèses

  • Douala-Édéa (58 km), 41 % des véhicules : 4 583

  • Édéa-Boumnyébel (83 km), 45 % : 2 691

  • Boumnyébel-Yaoundé (82 km), 54 % : 2 388

Source : Banque mondiale, projet de corridor économique Douala-Bangui, document d'information sur le projet, stade de l'évaluation (mai 2026). Parts calculées à partir des mêmes comptages (camions, voitures, bus et minibus). Les sections de la Banque ne coïncident pas exactement avec les lots.

Le programme traite une partie de ces obstacles. Le premier lot comprend un poste de pesage numérisé (source 1), et l'avis général publié en juillet par le ministère en prévoit deux pour faire respecter la charge à l'essieu, ainsi que des systèmes d'aide à la conduite pour 3 000 poids lourds et la conception d'une plateforme logistique à Édéa, éventuellement en partenariat public-privé (source 5). La Banque mondiale finance aussi des études pour une zone industrielle à Édéa, qu'elle range avec Douala et Kribi parmi les pôles de croissance (sources 3, 4).

Un décret présidentiel du 2 octobre a autorisé un accord de prêt de 347,5 millions d'euros, environ 228 milliards de FCFA, avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (source 1). L'enveloppe camerounaise de la première phase, 362,9 millions d'euros, soit environ 238 milliards de FCFA, couvre aussi la supervision, des études, la programmation de l'entretien et la conception de la plateforme d'Édéa, selon l'avis général de juillet repris par Investir au Cameroun (source 5). Aucun coût par lot n'a été publié (source 1).

L'entretien souffre d'un sous-financement ancien. Les ressources annuelles du Fonds routier couvrent moins d'un dixième des besoins estimés, que la Banque mondiale chiffre à 180 milliards de FCFA (source 3). Le projet introduit des contrats d'entretien sur performance de dix ans, cofinancés de façon croissante par le Fonds routier, qui doit en assumer seul la charge au bout de cinq ans (source 3). La circulaire budgétaire 2027, signée le 12 octobre, demande aux administrations d'inventorier leurs infrastructures et de prévoir les crédits de leur entretien avant tout nouvel engagement, rapporte Investir au Cameroun (source 7).

Quand la route pourrait être prête

Aucune date de démarrage n'a été annoncée. Après le 24 novembre viendront l'évaluation des offres, les approbations, l'attribution et la mobilisation des entreprises. Si les travaux commencent au second semestre 2027, calcule Investir au Cameroun, les lots de 30 mois seraient livrés en 2030 (source 1). L'autoroute n'arrivera pas plus tôt. Seuls 60 des 200 km prévus entre Douala et Yaoundé sont construits. La deuxième phase, longue de 141,1 km, est confiée à China First Highway Engineering Company (source 1), et la Banque mondiale n'attend pas l'achèvement de l'ouvrage avant 2035 (source 3).

Pour un importateur ou un minotier de Douala, les prochains repères sont l'ouverture des offres le 24 novembre et la présentation du tronçon Douala-Édéa aux conseils de l'AFD, de la BEI et de l'UE. D'ici là, les 58 kilomètres les plus chargés n'ont ni financement confirmé ni appel d'offres.

À surveiller

  • 24 nov. 2026 : Date limite de remise des offres pour les trois lots Yaoundé-Édéa, à 11 heures

  • 4ᵉ trim. 2026 : Approbation visée par l'AFD, la BEI et l'UE pour le tronçon Douala-Édéa (Banque mondiale, mai 2026)

  • 2030 : Livraison des lots si les travaux démarrent au second semestre 2027, selon l'estimation d'Investir au Cameroun

  • 2035 : Achèvement de l'autoroute Douala-Yaoundé, pas avant cette date selon la Banque mondiale

En bref

Yaoundé ramène sa prévision de croissance 2026 à 3,5 %. La circulaire de préparation du budget 2027, signée le 12 octobre, table sur 3,5 % de croissance cette année, contre 4,3 % dans la loi de finances initiale, et porte le déficit prévu de 1,7 % à 2,2 % du PIB, rapporte Investir au Cameroun (source 7). Elle retient une inflation de 4,0 %, liée au conflit au Moyen-Orient, selon L'Economie (source 8). Au moins 30 % du budget 2027 iront à l'investissement, chantiers en cours et impayés d'abord (source 7).

KCT engage 21,5 milliards de FCFA pour agrandir son parc à Kribi. L'opérateur du terminal à conteneurs a lancé début septembre l'aménagement de huit hectares supplémentaires, confié à CHEC, pour accroître sa capacité de 30 % et porter le stockage statique de 24 000 à 34 000 EVP, selon Business in Cameroon (source 9). La livraison est prévue au quatrième trimestre 2027. Le coût dépasse les 16,4 à 19,7 milliards de FCFA présentés en mai par les dirigeants de KCT ; Business in Cameroon juge l'écart inexpliqué.

L'offre d'actions de BGFI Holding se clôt le 15 octobre. La maison mère de BGFIBank propose 1 006 975 actions nouvelles à 80 000 FCFA, soit jusqu'à 80,6 milliards de FCFA, pour porter son flottant de 3,85 % à 10 %. La souscription minimale est de dix actions. La première phase avait levé 45,3 milliards de FCFA auprès de 7 601 investisseurs, selon le groupe (source 10).

Cinq anciennes gammes de pièces perdent leur cours légal le 1er novembre. Le Comité ministériel de l'UMAC a décidé le 7 octobre à N'Djamena de démonétiser les gammes 1958, 1959, 1971, 1976 et 1985 dans les six pays de la CEMAC, rapporte Investir au Cameroun (source 11). Le gouverneur de la BEAC a annoncé un an pour les échanger ; guichets et modalités restent à publier. La gamme 2006 n'est pas concernée.

La Banque mondiale prépare une aide de crise. L'institution discute avec 30 à 40 pays d'un soutien face aux chocs énergétiques et à la hausse des prix nés de la guerre au Moyen-Orient, a déclaré son président, Ajay Banga, à Reuters le 11 octobre, en citant la flambée du gazole et des engrais. Une première enveloppe de 50 à 60 milliards de dollars est disponible, dont environ 35 milliards que les pays peuvent réaffecter à partir de projets déjà approuvés (source 12). Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, conduit la délégation camerounaise aux assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, jusqu'au 18 octobre (source 13).

Sources

  1. Banque mondiale, document d'information sur le projet, stade de l'évaluation, mai 2026 : https://documents1.worldbank.org/curated/en/099050726142518018/pdf/P513683-fd2b0c31-5436-4dc0-987d-6f30f7142a99.pdf

  2. Banque mondiale, document d'information sur le projet, stade du concept, déc. 2025 : https://documents1.worldbank.org/curated/en/099121925080017906/pdf/P513683-27204a51-ec4e-4f46-a75f-4278d962557a.pdf

  3. Logistics Cluster des Nations unies, capacités meunières au Cameroun : https://lca.logcluster.org/print-preview/1935

  4. L'Economie, prévision de croissance 2026 revue à la baisse, 12 oct. 2026 : https://leconomie.info/article/finances-publiques-le-cameroun-abaisse-sa-prevision-de-croissance-pour-2026

  5. Ministère des Finances (DGTCFM), assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, 12 oct. 2026 : https://dgtcfm.cm/assemblees-annuelles-du-fmi-et-de-la-banque-mondiale/

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