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Le distributeur n'a facturé que 72 % de l'électricité reçue en 2025, pour un objectif de 77,5 %, selon le rapport d'activités de l'ARSEL. Les coupures ont atteint 147,8 heures par client, contre 114,4 heures en 2024, et les transformateurs qui alimentent Douala tournent au-delà de leurs limites, sur un réseau qui mesure mal ce qu'il perd.

Un électricien raccorde des câbles sur un poteau du réseau basse tension, à Douala, en novembre 2017. Photo : Hnkamwa, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons (fiche du fichier)

L'Agence de régulation du secteur de l'électricité (ARSEL) a publié en septembre son rapport d'activités 2025 (source 1). Le rendement de distribution, c'est-à-dire la part du courant reçu par le distributeur qu'il parvient à facturer, s'y établit à 72 %, à peine mieux qu'en 2024 (71,52 %), pour un objectif de 77,5 % fixé par le gouvernement. Les 28 % restants recouvrent les pertes physiques du réseau et les pertes dites « non techniques », le courant consommé mais jamais facturé, par fraude ou par erreur de comptage. En amont, sur les lignes à haute tension, le rendement de transport s'établit à 94,6 %, contre 95 % en 2024.

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72 % : du courant reçu par le réseau de distribution a été facturé en 2025, pour un objectif de 77,5 %, selon l'ARSEL.

Un réseau qui mesure mal ce qu'il perd

Le chiffre le plus spectaculaire du rapport, relevé le 23 octobre par Investir au Cameroun, montre surtout que le réseau mesure mal ce qu'il perd (source 2). En novembre 2025, la ligne de 90 kilovolts (kV) qui relie les postes de Logbaba et de Bassa, à Douala, a enregistré 44,7 % de pertes, soit 22 326 mégawattheures, sur 4,1 kilomètres. En mai, la même ligne affichait déjà 14,7 %, pour un seuil admissible de 5 % (source 1). L'ARSEL avance deux explications sans trancher : des conducteurs vétustes ou sous-dimensionnés, ou des compteurs mal synchronisés et mal étalonnés. Un écart aussi grand sur une ligne aussi courte, qui varie autant d'un mois à l'autre, rend le défaut de comptage plus probable à nos yeux. Le régulateur demande à la Sonatrel, la société publique de transport de l'électricité, d'auditer les chaînes de mesure de cette ligne et de deux autres (source 1).

Le rapport donne d'ailleurs deux chiffres pour l'énergie injectée sur le réseau de transport en 2025 : 7,31 térawattheures (TWh) dans son bilan, 7,68 TWh dans les projections qui servent à fixer le tarif de la Sonatrel, sans dire lequel est définitif. Deux études commandées par le régulateur évaluent les pertes globales du système, l'une à environ un quart de l'énergie produite en 2024, l'autre à 28 ou 29 %, sans que le rapport rapproche ces estimations. Les compteurs intelligents prévus sur un échantillon de clients et de postes n'ont pas été installés en 2025, et l'ARSEL relève des faiblesses dans la traçabilité des coupures (source 1).

L'écart à l'objectif, lui, se chiffre. En 2025, Eneo a soutiré 6,35 TWh du réseau de transport pour les distribuer (source 1). Les 5,5 points qui séparent son rendement de l'objectif de 77,5 % représentent environ 350 gigawattheures. Au tarif moyen perçu sur les clients moyenne et basse tension en 2025, 83,46 FCFA par kilowattheure, cela fait environ 29 milliards de FCFA de recettes manquantes sur l'année, selon nos calculs.

Ce manque à gagner pèse sur toute la filière, car le distributeur est le collecteur unique des recettes du secteur : il encaisse auprès des clients, puis paie les producteurs et le transporteur. Eneo, devenue la Société camerounaise d'électricité (Socadel) le 4 mai 2026, avait 548,29 milliards de FCFA de dettes fournisseurs fin 2024, plus d'une année de chiffre d'affaires selon le régulateur (source 1). Globeleq, qui exploite les centrales de Kribi et de Dibamba, déclarait 146,9 milliards de FCFA de créances sur l'ex-Eneo fin 2025, dont 72 % échues depuis plus de 90 jours. La facilité de liquidité que l'État devait alimenter pour garantir ces paiements ne l'était toujours pas au 31 décembre, et les arriérés ont conduit à l'arrêt de certaines unités de production, selon le rapport annuel de Globeleq cité par Investir au Cameroun (source 3).

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Le rapport ne chiffre ni le coût ni le calendrier de ces travaux.

Des coupures en hausse et loin des objectifs

Durée moyenne des coupures par client (SAIDI), en heures : 2024, 2025 et objectif 2025 fixé par le gouvernement, par zone de distribution

  • National, 2024 : 114,4

  • National, 2025 : 147,8

  • National, objectif : 51,5

  • Métropolitaine, 2024 : 105,9

  • Métropolitaine, 2025 : 126,0

  • Métropolitaine, objectif : 24,2

  • Urbaine, 2024 : 78,1

  • Urbaine, 2025 : 105,4

  • Urbaine, objectif : 36,5

  • Rurale, 2024 : 173,3

  • Rurale, 2025 : 249,4

  • Rurale, objectif : 87,0

Source : ARSEL, rapport d'activités 2025, tableau 25 (données transmises par Eneo).

Pour les entreprises, la conséquence la plus visible reste la coupure. L'indicateur SAIDI mesure la durée totale des interruptions subies en moyenne par un client sur un an. Il est passé de 114,4 heures en 2024 à 147,8 heures en 2025 au niveau national, l'équivalent de six jours sans courant, pour un objectif de 51,5 heures. Dans la zone métropolitaine, il atteint 126 heures, plus de cinq fois l'objectif de 24,2 heures. L'ARSEL parle d'une « dégradation préoccupante de la qualité de service » (source 1).

À Douala, le réseau de transport travaille au-delà de ses limites. Un transformateur ne devrait pas dépasser 80 % de sa charge en régime normal, rappelle le régulateur. Les deux transformateurs du poste de Logbaba, qui abaissent la tension de 225 à 90 kV, ont connu des pointes de 124 % et de 112 %, et ont dépassé 95 % pendant cinq et quatre mois de l'année ; ceux de Makepe et de Bekoko ont eux aussi franchi les 100 %. Le sidérurgiste Prometal a pris les devants en passant de la moyenne à la haute tension, avec un transformateur dédié de 50 mégavoltampères au poste de Logbaba pour deux de ses usines (source 1).

Ce qu'il faut surveiller

L'ARSEL demande des audits de comptage, le remplacement des compteurs défaillants et une étude séparant les pertes moyenne et basse tension, dont elle a transmis les termes de référence à l'opérateur. Le rapport ne chiffre ni le coût ni le calendrier de ces travaux (source 1). Pour un industriel de Douala, deux décisions méritent d'être suivies d'ici le prochain rapport. La publication des audits de la Sonatrel dira quelle part des pertes est réelle. L'alimentation de la facilité de liquidité promise aux producteurs indépendants conditionne le paiement régulier des centrales de Kribi et de Dibamba (source 3).

À surveiller

  • 2026 : Mise en œuvre du code d'accès et de raccordement au réseau de distribution, convenue pour cette année par les acteurs du secteur, selon l'ARSEL.

  • 2031 : Cible de 43,5 heures de coupure par client et par an pour le SAIDI national, dans la trajectoire fixée en 2021 ; il était de 147,8 heures en 2025.

  • Sans date : Audits des chaînes de mesure des lignes Logbaba-Bassa 1, Garoua-Guider et Bekoko-Nkongsamba 1, demandés à la Sonatrel ; aucun calendrier publié.

  • Sans date : Alimentation par l'État de la facilité de liquidité prévue dans les contrats des centrales de Kribi et de Dibamba ; elle était vide au 31 décembre 2025, selon Globeleq.

En bref

Yaoundé reçoit des investisseurs alors que sa dette coûte plus de 10 %. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a reçu le 26 octobre une délégation conduite par Bank of America Securities pour un « non-deal roadshow », une tournée de rencontres sans offre immédiate de titres, selon le communiqué du ministère cité par Sikafinance et Business in Cameroon (sources 5, 6). Les échanges portent sur le budget, la dette et la stratégie de financement de l'État ; le communiqué ne donne ni montant ni nom d'investisseur. Fitch a abaissé la note du Cameroun à B- le 16 octobre, en invoquant notamment les incertitudes sur la succession du président Paul Biya, 93 ans, et les tensions sur le financement public, selon Sikafinance (sources 5, 7). Le 19 octobre, le rendement de l'eurobond 2033 a atteint un record de 10,65 %, au-dessus de son coupon de 8,875 %. Or l'État prévoit de lever 300 millions de dollars en rouvrant cette obligation, une opération annoncée le 5 octobre ; à ce niveau de marché, les nouveaux titres devraient être vendus sous leur valeur nominale (sources 4, 5).

KC Trade propose des cargaisons de carburant payées après livraison. Cédric Ketchanga, administrateur général de KC Trade International, a présenté le 20 octobre au ministre de l'Eau et de l'Énergie, Gaston Eloundou Essomba, un mécanisme d'importation de produits pétroliers en « open account 100 % », rapporte Investir au Cameroun : le fournisseur livre la cargaison et l'acheteur la paie plus tard, ce qui revient à un crédit commercial (source 8). Les fournisseurs pressentis sont BGN, négociant dirigé par Rüya Bayegan et implanté notamment à Genève, et Zyron Energy, plateforme de négoce établie aux Émirats arabes unis. Les volumes et les conditions du crédit n'ont pas été publiés. Le Cameroun importe ses carburants depuis l'incendie qui a arrêté la raffinerie de la Sonara en 2019. L'an dernier, de janvier à octobre, il a importé 1,58 million de tonnes de carburants raffinés liquides et 208 216 tonnes de gaz de pétrole liquéfié, selon le ministère cité par le journal (source 8).

BWA Group redemande trois permis d'or dans le Nord. Le groupe minier britannique BWA, coté sur l'AQSE, une petite Bourse londonienne, a créé une société de droit camerounais, Aracari Gold Resources SA, pour redemander les permis de Bandjoukri Ouest, Bandjoukri Centre et Tcholliré Nord, selon son communiqué du 15 octobre (source 9). Les demandes de renouvellement de ces trois périmètres faisaient partie des 53 permis d'exploration aurifère annulés en juin par le ministère des Mines après un audit. Le ministère a invité BWA à déposer de nouvelles demandes par l'intermédiaire d'une filiale camerounaise. BWA détient désormais 51 % du projet, en contrepartie de 240 000 euros déjà dépensés, et peut monter à 70 % en investissant 1,26 million d'euros de plus. Les périmètres couvrent 1 268 km² dans la zone de Tcholliré, selon EcoMatin (source 10).

Le PIB par habitant n'a progressé que de 0,6 % en 2025. L'économie camerounaise a crû de 3,2 % en 2025, mais la population a augmenté de 2,6 %, si bien que le PIB réel par habitant n'a gagné que 0,6 %, selon les indicateurs de la Banque mondiale mis à jour le 8 octobre (source 11). La Côte d'Ivoire progresse de 4,0 %. Dans la CEMAC, le Tchad atteint 2,0 % et la Centrafrique 1,0 %, le Congo 0,7 % et le Gabon 0,3 %, tandis que la Guinée équatoriale recule de 8,1 %. Selon le Baromètre économique de la CEMAC de la Banque mondiale, cité par Investir au Cameroun, le revenu par habitant du Cameroun reste environ 20 % sous son niveau du milieu des années 1980, et plus de 8,4 millions de Camerounais vivaient avec moins de 3 dollars par jour en 2025 (source 12).

Sources

  1. ARSEL, rapport d'activités 2025, septembre 2026 : https://arsel-cm.org/wp-content/uploads/2026/09/Rapport-ARSEL-2025.pdf

  2. Investir au Cameroun, les créances de Globeleq sur l'ex-Eneo grimpent à 147 milliards de FCFA, 23 oct. 2026 : https://www.investiraucameroun.com/energie/2310-24013-electricite-les-creances-de-globeleq-sur-l-ex-eneo-grimpent-a-147-milliards-de-fcfa-fin-2025

  3. Ministère des Finances, placement privé complémentaire de 300 millions de dollars, 5 oct. 2026 : https://minfi.gov.cm/financement-budgetaire-operation-de-placement-prive-complementaire-de-usd-300-millions-de-letat-du-cameroun/

  4. Business in Cameroon, Cameroon Discusses Financing With Bank of America-Led Investors, 26 oct. 2026 (en anglais) : https://www.businessincameroon.com/finance/2610-17051-cameroon-discusses-financing-with-bank-of-america-led-investors

  5. Fitch Ratings, Fitch Downgrades Cameroon to B-, 16 oct. 2026 (en anglais) : https://www.fitchratings.com/research/sovereigns/fitch-downgrades-cameroon-to-b-outlook-stable-16-10-2026

  6. BWA Group, Aracari: 51% Interest and Permit Applications, 15 oct. 2026 (en anglais) : https://www.investegate.co.uk/index.php/announcement/rns/bwa-group-plc--bwap/aracari-51-interest-and-permit-applications-/9823615

  7. EcoMatin, BWA crée une nouvelle société pour récupérer trois permis d'or, 26 oct. 2026 : https://ecomatin.net/cameroun-le-britannique-bwa-cree-une-nouvelle-societe-pour-recuperer-trois-permis-dor-retires-par-letat

  8. Banque mondiale, indicateurs du développement, croissance du PIB par habitant, mise à jour du 8 oct. 2026 : https://api.worldbank.org/v2/country/CMR;CIV;GAB;COG;TCD;CAF;GNQ/indicator/NY.GDP.PCAP.KD.ZG?format=json&date=2025

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