Blue Star Media, Brief Quotidien du vendredi 21 août 2026.
Un texte de gouvernance, pas de politique commerciale
L'arrêté signé le 13 août 2026 par Louis Paul Motazé n'a pas été conçu comme un instrument de politique commerciale. Son objet est administratif : il range les entreprises publiques en cinq catégories, et chaque catégorie ouvre un régime de rémunération, d'indemnités et d'avantages pour les dirigeants, fixé par le décret n°2019/321 du 19 juin 2019. Le classement prend effet au 1er janvier 2026 et sera actualisé tous les trois ans.
Il n'en reste pas moins que, faute d'états consolidés publics et réguliers pour l'ensemble du portefeuille public, cette grille est aujourd'hui l'un des rares repères officiels sur la taille économique relative des opérateurs de l'État.
Le critère est explicite. La première catégorie regroupe les entreprises dont le chiffre d'affaires moyen dépasse 100 milliards de FCFA, la deuxième celles comprises entre 50 et 100 milliards, la troisième entre 10 et 50 milliards, la quatrième entre 5 et 10 milliards, la cinquième 5 milliards ou moins, selon le barème du décret de 2019 rappelé par Sikafinance le 18 août 2026. La moyenne porte sur trois exercices, 2022, 2023 et 2024. Le barème salarial mensuel de référence des directeurs généraux suit la même échelle : 6 millions de FCFA en première catégorie, 4 millions en deuxième, 3 millions en troisième, 2,5 millions en quatrième et 2 millions en cinquième.
Ce point de méthode compte. Une entreprise peut reculer sur son dernier exercice et progresser tout de même dans la grille, parce que la moyenne triennale absorbe l'à-coup et que les seuils sont des montants nominaux fixes.
Cinq des sept sociétés du haut de tableau sont sur la chaîne du commerce
Sept sociétés composent la première catégorie : Camtel, Alucam, Socadel, le Port autonome de Douala, la Sodecoton, la Sonara et la Société nationale des hydrocarbures.
Cinq d'entre elles se situent directement sur la chaîne du commerce extérieur camerounais. Le PAD est le point de passage. La Sodecoton et la SNH sont des exportateurs. La Sonara opère sur la chaîne des produits pétroliers. Alucam est un exportateur industriel. Les deux autres, Camtel et Socadel, fournissent les intrants sans lesquels cette chaîne ne tourne pas, la connectivité et l'électricité. La grille se lit donc moins comme un palmarès que comme une carte du poids du secteur public dans le commerce extérieur.
Le mouvement du Port autonome de Douala est le plus lisible. L'entreprise figurait en deuxième catégorie dans la grille du 3 janvier 2023 et en troisième en mai 2020 ; elle entre aujourd'hui en première, selon le décompte publié par EcoMatin le 17 août 2026. Son chiffre d'affaires 2024 est donné à 114,19 milliards de FCFA, après 119,6 milliards en 2023, par la même source. Le rapprochement des deux séries dit exactement ce qu'il faut en retenir : la progression de catégorie tient à la moyenne triennale et aux seuils nominaux fixes, non à une accélération sur le dernier exercice.
Le reste de la grille, et deux précautions de lecture
La Sonatrel occupe seule la deuxième catégorie. La troisième réunit sept entités dont plusieurs sont des points de passage physiques du commerce extérieur : le Port autonome de Kribi, Camair-Co, la Cameroon Development Corporation, Camwater, Electricity Development Corporation, Aéroports du Cameroun et la Société camerounaise des dépôts pétroliers, d'après la liste publiée par Journal du Cameroun le 18 août 2026. Le CNCC, Labogénie et la Sopecam composent la quatrième catégorie ; seize agences et sociétés de développement forment la cinquième.
Première précaution. La grille mesure un chiffre d'affaires comptable moyenné sur 2022 à 2024. Elle ne mesure ni un trafic, ni une performance opérationnelle, ni une trajectoire. Sur cette même fenêtre, la plateforme de Kribi était encore en montée en charge et son modèle de recettes, adossé à une concession de terminal, ne se compare pas terme à terme à celui de Douala. Lire les deux catégories comme on comparerait deux volumes conteneurisés serait une erreur de grandeur.
Seconde précaution, sur le comptage. EcoMatin dénombre 34 entreprises classées en août 2026, contre 36 en janvier 2023 et 35 en 2020. Journal du Cameroun titre sur 38 sociétés, tout en détaillant une répartition de 7, 1, 7, 3 et 16 entités dont la somme donne 34. Les deux chiffres sont repris tels quels, ils ne s'additionnent pas, et le décompte de référence sera celui du Journal officiel, dont l'arrêté prévoit la publication en procédure d'urgence en français et en anglais.
La grille fait par ailleurs sortir deux entités du champ et en fait entrer une. Le Crédit foncier du Cameroun et la Société de recouvrement des créances quittent le classement : opérant dans le domaine financier, elles relèvent, pour la rémunération de leurs dirigeants, des dispositions applicables au secteur bancaire, précise le ministère des Finances. La Cotonnière industrielle du Cameroun sort également du champ. Socadel, née de la reprise par l'État de l'ancien concessionnaire électrique en mai 2026, entre au classement et directement en première catégorie.
Ce qu'il faut retenir
L'arrêté du 13 août 2026 reclasse les entreprises publiques en cinq catégories, sur la base du chiffre d'affaires moyen des exercices 2022, 2023 et 2024. Effet au 1er janvier 2026, actualisation tous les trois ans.
Sept sociétés en première catégorie, seuil de 100 milliards de FCFA de chiffre d'affaires moyen. Cinq d'entre elles sont directement sur la chaîne du commerce extérieur.
Le Port autonome de Douala passe de la deuxième à la première catégorie, avec un chiffre d'affaires 2024 en repli sur 2023. La promotion tient à la mécanique de la moyenne triennale.
Le Port autonome de Kribi figure en troisième catégorie. Le critère est un chiffre d'affaires comptable moyenné sur une fenêtre de montée en charge, pas un trafic.
Divergence de comptage signalée : 34 entités selon EcoMatin, 38 au titre de Journal du Cameroun dont la répartition détaillée donne 34.
La prochaine grille portera sur 2025, 2026 et 2027, une fenêtre qui couvrira la montée en régime de Kribi, la dématérialisation annoncée du passage portuaire de Douala et les premiers effets de la onzième phase du démantèlement tarifaire APE du 4 août 2026.
Sources
Primaires. Arrêté du ministre des Finances du 13 août 2026 portant classification par catégorie des entreprises publiques au Cameroun, effet au 1er janvier 2026. Décret n°2019/321 du 19 juin 2019 fixant les catégories d'entreprises publiques, la rémunération, les indemnités et les avantages de leurs dirigeants. Rubrique Arrêtés du ministère des Finances, minfi.gov.cm.
Secondaires. EcoMatin, 17 et 18 août 2026. Journal du Cameroun, 18 août 2026. Sikafinance, 18 août 2026. Investir au Cameroun (groupe Stratline), 17 février 2026. Drewry, relevé WCI du 13 août 2026.
Les chiffres d'affaires cités proviennent de reprises de presse spécialisée et non d'états financiers primaires. Ils sont repris avec attribution et date.
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