Cacao : la campagne 2026-2027 s'ouvre sur la question du revenu producteur

Le Cameroun a fixé au 6 août, à Yaoundé, le lancement officiel de sa campagne cacaoyère 2026-2027. La veille, l'observatoire des prix quotidiens de l'Office national du cacao et du café relevait un prix minimum bord champ de 2 500 FCFA le kilogramme. La saison qui vient de se refermer, elle, laisse le plus faible volume commercialisé des cinq dernières campagnes. Entre les deux séries se joue la question que le gouvernement met en avant pour l'année qui commence : ce qui revient au producteur.

Blue Star Media · Brief Quotidien · Samedi 8 août 2026

Deux séries se croisent en ce début août, et elles ne racontent pas la même histoire. La première est un prix. Au 5 août 2026, l'observatoire des prix quotidiens de l'Office national du cacao et du café (ONCC) relevait un prix minimum bord champ de 2 500 FCFA le kilogramme, à la veille d'un lancement de campagne fixé au 6 août à Yaoundé (EcoMatin, 5 août 2026). La seconde est un volume. La campagne 2025-2026, légalement ouverte le 1er août 2025 et close le 15 juillet 2026, s'achève sur 247 914 tonnes de fèves commercialisées, soit 61 604 tonnes et 19,9 % de moins que la saison précédente, selon les données de l'ONCC consultées par Investir au Cameroun (6 août 2026).

Un prix de départ, pas une moyenne de campagne

L'écart de prix est le premier fait de la saison qui s'ouvre. Sur la campagne écoulée, le minimum bord champ relevé s'établissait à 700 FCFA/kg. La campagne 2024-2025 s'était, elle, tenue dans une fourchette de 3 210 à 5 400 FCFA/kg selon l'ONCC. Le niveau relevé au 5 août se situe donc nettement au-dessus du plancher de la saison écoulée, et en deçà des niveaux de 2024-2025.

Il faut le lire pour ce qu'il est : un point de départ, non une moyenne de campagne. Le prix bord champ évolue ensuite selon les bassins de production, la qualité des fèves et la date de vente. Au 8 août, aucun prix indicatif de campagne 2026-2027 n'avait été publié à notre connaissance.

Le volume, lui, ramène la filière à son étiage des cinq dernières campagnes. Après 295 164 tonnes en 2021-2022, 262 112 tonnes en 2022-2023 et 266 710 tonnes en 2023-2024, la saison 2024-2025 avait porté la production commercialisée à un plus haut historique de 309 518 tonnes. Les 247 914 tonnes de 2025-2026 effacent cette progression. Les données consultées ne précisent pas les causes du recul. Les acteurs de la filière citent l'irrégularité des précipitations, l'allongement des périodes sèches, la pression parasitaire, la baisse de fertilité des sols et le vieillissement des vergers. La Société de développement du cacao (Sodecao) indique perdre en moyenne 40 à 50 % des jeunes plants dans certaines de ses pépinières chaque année.

L'aval : une capacité installée, une part transformée

Le deuxième axe affiché pour 2026-2027 est industriel. Le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, met en avant une capacité de transformation installée estimée à 250 000 tonnes, soit près de 80 % de la production nationale (EcoMatin, 5 août 2026). Les volumes effectivement transformés en 2025-2026 se sont établis à 95 946 tonnes sur 247 914 tonnes commercialisées, soit environ 38 %.

L'écart entre capacité installée et volumes transformés renvoie, selon la même source, à des contraintes d'approvisionnement, de compétitivité et d'organisation de la filière. C'est cet écart, plus que le prix du jour, qui donnera la mesure de la campagne : il se lira en tonnes transformées.

Le débouché régional et les mesures déjà en vigueur

Le troisième axe est régional. Le marché nigérian est présenté par le ministère comme un débouché à structurer : près de 245 millions de consommateurs et une capacité de transformation installée d'environ 150 000 tonnes, alors qu'il absorberait déjà quelque 20 000 tonnes de cacao camerounais par an hors circuits officiels un manque à gagner évalué par le ministère à environ 70 milliards de FCFA.

Cette orientation prolonge le sommet d'Abuja de juillet 2026, où le Cameroun, le Nigeria, la Côte d'Ivoire et le Ghana ont soutenu la création d'une Alliance africaine pour la valeur ajoutée dans le cacao. Les quatre pays représentent, selon les promoteurs du projet, près de 66 % de la production mondiale ; la plateforme prolongerait l'Initiative Cacao Côte d'Ivoire-Ghana créée en 2018.

Deux mesures déjà en vigueur encadrent ce cadrage. La redevance à l'exportation du cacao a été ramenée le 5 juin 2026 de 225 à 125 FCFA/kg, une baisse d'environ 45 % destinée à redonner des marges aux exportateurs. La prime à la qualité, financée par un prélèvement de 5 FCFA/kg sur la quote-part de la redevance revenant au Fonds de développement des filières cacao-café, a donné lieu en août 2025 au versement de 1,7 milliard de FCFA à 42 000 producteurs au titre des campagnes 2020-2021 et 2021-2022, portant à près de 5 milliards de FCFA le montant distribué depuis 2017.

Ce qu'il faut retenir

Pour un exportateur ou un chargeur, trois points se vérifient dans les semaines qui viennent. La tenue du prix bord champ une fois les premiers volumes en circuit. La part effectivement transformée sur place, à confronter à la capacité installée de 250 000 tonnes. Et le calendrier des expéditions au regard du règlement européen 2023/1115, applicable aux grandes et moyennes entreprises au 30 décembre 2026 une échéance qui tombe au cœur de la campagne qui vient de s'ouvrir.

Sources

ONCC (observatoire des prix quotidiens ; bilans de campagne) · Investir au Cameroun, 6 août 2026 · EcoMatin, 5 août 2026 · Africtelegraph, 6 août 2026 · Sodecao · ministère du Commerce. Conversions indicatives à la parité fixe 1 EUR = 655,957 FCFA.

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