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Blue Star Media · Brief Quotidien · 20 octobre 2026

Le ministère des Finances inscrit pour 2027 300 milliards de FCFA d'appuis budgétaires qui n'arriveront qu'avec un nouveau programme du FMI, et qualifie lui-même l'absence d'accord de « risque majeur ». Aucun programme n'est en cours, et le propre tableau du ministère place le Cameroun au-delà de la norme budgétaire de la CEMAC chaque année jusqu'en 2029.

La tour de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) au-dessus des toits de Yaoundé, en juin 2015. Photo : Albert Bergonzo, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons (fiche du fichier)

Dans son plan de financement pour 2027, le ministère des Finances prévoit « des appuis budgétaires de 300,0 milliards (en cas de signature d'un nouveau PEF avec le FMI) », le programme économique et financier qui accompagne les prêts du Fonds (source 2). Un appui budgétaire est de l'argent versé au Trésor pour ses dépenses courantes, sans être affecté à un chantier. La somme représente 9,5 % des 3 161,5 milliards de FCFA dont l'État aura besoin l'an prochain. Le document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2027-2029 ne cache pas l'enjeu : « La non conclusion de ce programme constitue donc un risque majeur pour la soutenabilité de nos finances publiques à moyen terme. » (source 2)

Notre édition spéciale du 13 octobre a détaillé la circulaire budgétaire (source 1) et son déficit de 2,7 % du PIB ; c'est le financement de ce déficit qui est en jeu.

Le Cameroun n'a plus de programme depuis l'approbation des dernières revues de sa facilité, en juillet 2025 (source 4). Le FMI y conduit désormais une évaluation post-financement, procédure réservée aux pays qui lui doivent encore des sommes importantes sans programme en cours. À l'issue de la mission close le 30 septembre, il constate que le déficit global est passé de 1,5 % du PIB en 2024 à 2,1 % en 2025, attend une « nouvelle détérioration modérée » en 2026 à cause des subventions aux carburants, maintient un « risque global élevé de surendettement » et demande un resserrement budgétaire (source 8). Son conseil d'administration examinera ce rapport en décembre. Fitch, qui a abaissé la note du pays de B à B- le 16 octobre, ne retient aucun programme d'ici 2028, Yaoundé n'en ayant pas demandé en 2026, rapporte EcoMatin (source 9).

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300 milliards : de FCFA d'appuis budgétaires inscrits pour 2027, à condition qu'un nouveau programme soit signé avec le FMI, selon le DPEB.

Une norme CEMAC dépassée jusqu'en 2029

La somme en jeu n'a rien de marginal. Entre 2017 et 2025, le Cameroun a reçu environ 2 600 milliards de FCFA d'appuis budgétaires pendant ses deux programmes successifs avec le FMI, avait rappelé le ministre Louis Paul Motaze en conseil de cabinet, le 30 octobre 2025, selon Agence Ecofin (source 6).

La règle qui compte ici est celle de la CEMAC. Depuis janvier 2017, la directive n° 2/16-UEAC-093-CM-30 impose à chaque État un solde budgétaire de référence supérieur ou égal à -1,5 % du PIB (sources 10, 11). Ce solde part du déficit global et en retire une épargne obligatoire sur le pétrole : 20 % des recettes pétrolières de l'année, ajustés selon leur évolution sur trois ans. L'idée est d'empêcher qu'un baril cher ne finance des dépenses durables. Le Cameroun respectait la norme en 2024, à -1,2 % selon la Commission de la CEMAC (source 10).

Le DPEB montre qu'il ne la respectera plus. Son tableau de trajectoire donne un déficit de référence de 1,6 % du PIB en 2025, 2,3 % en 2026 et en 2027, 2,0 % en 2028 et 1,7 % en 2029 : au-delà de la norme chaque année (source 2). Le même document projette un PIB nominal de 38 340 milliards de FCFA en 2027. Revenir à 1,5 % cette année-là demanderait donc environ 307 milliards d'économies ou de recettes nouvelles, selon nos calculs, un montant proche des appuis attendus.

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La non conclusion de ce programme constitue donc un risque majeur pour la soutenabilité de nos finances publiques à moyen terme. (DPEB 2027-2029)

Comment le gouvernement prévoit de financer le budget 2027

Ressources prévues par le DPEB 2027-2029, en milliards de FCFA ; besoins totaux : 3 161,5 milliards

  • Emprunt extérieur : 1 000

  • Tirages sur prêts-projets : 866,7

  • Émissions de titres publics : 400

  • Appuis budgétaires (si accord FMI) : 300

  • Financement bancaire direct : 250

  • Réserves de l'État à la BEAC : 131,5

  • Appui sectoriel Banque mondiale : 47,8

  • Non identifié : 165,5

Source : ministère des Finances, DPEB 2027-2029, section II.4. En gris, l'écart entre les besoins (3 161,5 milliards) et les ressources énumérées (2 996 milliards), selon nos calculs ; le passage ne l'explique pas.

Le FMI a déjà lié ses décisions à cette discipline. Après la réunion de Paris du 17 mars, les États de la CEMAC ont reconnu dans un communiqué publié par la BEAC que la revue des politiques communes de la sous-région « conditionne actuellement la poursuite et la mise en place des programmes nationaux appuyés par le FMI » (source 7). Cette revue, prévue en décembre 2025, a été reportée « en raison du non-alignement des politiques budgétaires avec la stratégie régionale », selon des documents de la BEAC cités par Investir au Cameroun ; la banque centrale vise désormais décembre 2026, après des missions des services du Fonds en octobre (sources 6, 5).

Une source autorisée, interrogée par Investir au Cameroun le 28 septembre en marge du Comité de politique monétaire de la BEAC, va plus loin : selon elle, le FMI ne conclura aucun nouveau programme dans la sous-région si un seul pays présente un budget 2027 avec un déficit supérieur à 1,5 % du PIB (source 4). Ni le FMI ni la BEAC ne l'ont confirmé publiquement. Si la règle est collective, Yaoundé n'en tient pas seul la clé : le FMI voit le Gabon à environ 10 % de déficit en 2026, et seul le Congo s'attend à un excédent, selon le même journal (sources 4, 3).

Le reste du plan de financement repose sur l'emprunt. Les besoins de 3 161,5 milliards se composent du déficit de 1 018 milliards, net de 84 milliards de remboursements de crédits de TVA, et de 2 143,5 milliards de remboursements de dette et d'apurement d'arriérés, dont 1 602,5 milliards de dette financière (source 2). Les six ressources énumérées par le DPEB totalisent 2 948,2 milliards, et 2 996 milliards avec un appui sectoriel de la Banque mondiale de 47,8 milliards ; 165,5 milliards ne sont pas identifiés dans ce passage, selon nos calculs.

Le premier poste est un « important emprunt extérieur » de 1 000 milliards de FCFA, comme en 2026, soit environ 1,79 milliard de dollars au cours de 557,55 FCFA retenu par le DPEB (source 2). Le marché fixe déjà son prix : le 19 octobre, le rendement de l'eurobond 2033 a atteint le record de 10,65 %, selon Bloomberg cité par EcoMatin (source 9). Sur le marché régional, le plan demande 400 milliards de titres publics et 250 milliards de financement bancaire direct, à des banques dont les créances sur les États sont passées d'environ 10 % de leurs actifs en 2015 à près de 30 % en 2025, selon Fitch (source 12).

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Analogie : Un ménage inscrit dans son budget un prêt qu'il n'a pas encore demandé, auprès d'une banque qui exige d'abord qu'il réduise ses dépenses. S'il ne signe pas, il devra trouver l'argent ailleurs, et plus cher.

Un plan bâti sur l'emprunt

Le plan allège aussi ses besoins sur le papier. Les remboursements de dette et d'arriérés reculent de 373,8 milliards par rapport à 2026, surtout parce que la provision pour apurer les arriérés baisse de 240 milliards (source 2). Le DPEB ne dit pas si le stock d'impayés baissera d'autant ; fin juin 2026, les restes à payer atteignaient 703,5 milliards, selon la Caisse autonome d'amortissement citée par Business in Cameroon (source 13).

Si le projet de loi de finances 2027 garde ce cadre et qu'aucun programme n'est signé, il faudra trouver ailleurs les 300 milliards : par des économies, par plus d'emprunt auprès des banques de la région, ou à l'extérieur, au-delà de 10 %. Le projet de loi, attendu au Parlement en novembre, sera le premier test ; le conseil d'administration du FMI suivra en décembre.

À suivre

  • Fin octobre 2026 : Missions des services du FMI dans la CEMAC, annoncées par la BEAC

  • Novembre 2026 : Projet de loi de finances 2027 au Parlement : le cadre de financement et les 300 milliards sont-ils maintenus ?

  • Décembre 2026 : Conseil d'administration du FMI : évaluation post-financement du Cameroun et, selon la BEAC, possible validation de la revue régionale

En bref

Access Bank Cameroun : le bilan perd 36 milliards de FCFA en septembre. Le total du bilan d'Access Bank Cameroon est revenu à 465,1 milliards de FCFA au 30 septembre, contre 501,4 milliards fin août, soit 7,2 % de moins, selon ses situations mensuelles publiables citées par Investir au Cameroun (source 14). Les opérations interbancaires et de trésorerie ont reculé de 56,3 milliards et les titres de placement de 14 milliards, en partie compensés par un bond de 27,4 milliards (45 %) des immobilisations. Les financements à la clientèle, crédits et comptes débiteurs, ne progressent que de 351 millions, à 86,4 milliards ; les titres de placement, à 185,1 milliards, en représentent plus du double. Les provisions pour risques augmentent de 3 milliards, sans que l'état mensuel précise lesquels.

Hysacam : plus de 100 camions embarqués, et deux fournisseurs annoncés. Garba Ahmadou, directeur régional d'Hysacam pour le Centre, a annoncé le 14 octobre à Yaoundé l'embarquement de plus d'une centaine de camions de collecte, sur un programme de 305 véhicules, rapporte Investir au Cameroun (source 15). Yaoundé doit en recevoir 30 dans un premier temps, en plus des 90 en service. La commande avait été annoncée en octobre 2025 avec le concessionnaire CFAO, mais le constructeur chinois Huawin affirme avoir signé avec Hysacam un contrat de plus de 300 camions ; le rôle de chacun n'est pas établi. Le responsable régional chiffre à 15 milliards de FCFA par an la collecte de tous les déchets de la capitale, contre 8 milliards mobilisés par l'État et la Communauté urbaine, selon New Star Infos.

Saconets demande à ses actionnaires 681 millions de FCFA d'actions nouvelles pour Cenainvest. Satellite Communications and Network Services (Saconets) soumettra le 9 novembre à ses actionnaires une augmentation de capital de 681,2 millions de FCFA par compensation de créance, réservée à Cenainvest, avec suppression du droit préférentiel de souscription des autres actionnaires, selon l'avis de convocation cité par Investir au Cameroun (source 16). Saconets éteindrait une dette sans recevoir d'argent frais. Cenainvest a été créée en 1998 à l'initiative d'Afriland First Bank et de l'institution néerlandaise de financement du développement FMO. L'avis ne donne ni le montant de la créance, ni le prix des actions, et parle d'abord d'assemblée ordinaire alors que seule une assemblée extraordinaire peut décider une augmentation de capital en droit OHADA.

L'indonésien Marlip signe avec Ingenium, sans modèle, prix ni volume. Le constructeur indonésien PT Marlip Indo Mandiri a signé avec Ingenium SARL, basée à Yaoundé, un accord portant sur « la licence, le marketing, la vente et la maintenance » de ses véhicules électriques au Cameroun, selon le rapport d'activités 2025 de l'ambassade d'Indonésie cité par Investir au Cameroun (source 17). L'ambassade le classe parmi les transactions encore en discussion, et Marlip a signé un accord aux termes identiques en Angola. La loi de finances 2025 a ouvert pour 24 mois un abattement de 50 % sur la valeur imposable à l'importation des véhicules et motocycles électriques neufs, de leurs batteries et de leurs bornes, avec une exonération de droits d'accises.

Le crédit au secteur privé camerounais équivaut à 16,6 % du PIB, selon la CEA. L'encours du crédit au secteur privé représentait 16,6 % du PIB du Cameroun en 2025, contre 15,9 % en 2024, selon le bureau pour l'Afrique centrale de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA), réuni à Yaoundé du 13 au 15 octobre, cité par EcoMatin (source 18). Hors Burundi, aucun pays de la CEEAC n'a dépassé 20 % du PIB. Les micro, petites et moyennes entreprises représentaient 99,8 % des 444 302 entreprises recensées en 2024. La CEA recommande des mécanismes de garantie et de partage des risques et une meilleure information sur le crédit.

Sources

  1. Présidence de la République, circulaire n° 001 du 12 octobre 2026 relative à la préparation du budget 2027 : https://www.prc.cm/fr/actualites/actes/circulaires/8496-circulaire-n-001-du-12-octobre-2026-relative-a-la-preparation-du-budget-de-l-etat-au-titre-de-l-exercice-2027

  2. Ministère des Finances, Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029 : https://www.dgb.cm/wp-content/uploads/2026/07/DPEB-2027_2029_24-06-2026-13h50_Fr.pdf

  3. FMI, les services du FMI achèvent une mission d'évaluation post-financement au Cameroun, 1er oct. 2026 : https://www.imf.org/fr/news/articles/2026/10/01/pr26314-imf-staff-concludes-assesment-cameroon

  4. EcoMatin, Fitch abaisse la note souveraine du Cameroun à B-, 19 oct. 2026 : https://ecomatin.net/fitch-abaisse-la-note-souveraine-du-cameroun-a-b

  5. Commission de la CEMAC, rapport de surveillance multilatérale 2024 et perspectives 2025 et 2026 : https://cemac.int/wp-content/uploads/2025/12/Rapport-de-Surveillance-Multilaterale-2024-et-Perspectives-2025-et-2026.pdf

  6. FMI, Gestion des réserves internationales de la CEMAC, document départemental 18/15, août 2018 : https://www.imf.org/-/media/files/publications/dp/2018/french/dp1815f.pdf

  7. Afriveille, Fitch abaisse la note souveraine à B-, 18 oct. 2026 : https://afriveille.com/cameroun-fitch-abaisse-note-souveraine-b-2026/

  8. Business in Cameroon, le débat sur la dette masque un problème plus grand, 13 août 2026 (en anglais) : https://www.businessincameroon.com/finance/1308-16589-cameroon-s-debt-debate-masks-a-bigger-problem-borrowing-is-getting-costlier

  9. EcoMatin, la CEA plaide pour un meilleur accès des entreprises aux financements, 19 oct. 2026 : https://ecomatin.net/cameroun-la-commission-economique-de-lonu-plaide-pour-un-meilleur-acces-des-entreprises-aux-financements

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