Blue Star Media · Brief Quotidien · 16 octobre 2026

La banque de développement de la CEMAC vient de placer sa première obligation internationale pour accélérer ses décaissements. En 2025, elle n'a décaissé que 5 % de son objectif annuel de prêts. Pour un opérateur camerounais, seul compte l'argent qui arrive.

Portiques et porte-conteneurs au port de Kribi, novembre 2022. Photo : BACHELOR45, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons (fiche du fichier)

Le 13 octobre, la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC) a placé sa première obligation sur les marchés internationaux : 222 millions de dollars, soit environ 130,2 milliards de FCFA au taux de référence de la BCEAO du jour (586,30 FCFA le dollar), rapporte Business in Cameroon. Le coupon est de 7,88 % par an en euros après couverture de change, l'échéance d'octobre 2029, et l'Africa Finance Corporation a servi d'investisseur d'ancrage, selon le communiqué de la banque publié le 14 octobre à Brazzaville. Le même jour, à Bangkok, la BDEAC a signé avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) un prêt de 30 millions d'euros, environ 20 milliards de FCFA, destiné au secteur privé, aux PME en particulier. La BDEAC affirme que les ressources de l'obligation augmentent son bilan de près de 15 % et doivent « accélérer les décaissements ». Cette promesse s'accorde mal avec ses propres comptes : la trésorerie avait presque doublé, à 128,3 milliards de FCFA à fin 2025, sans être entièrement disponible pour prêter, et les décaissements de prêts ont pourtant reculé.

À fin 2025, la banque avait confirmé 666,4 milliards de FCFA de financements (prêts et études) qu'elle n'avait pas encore versés, contre 543,1 milliards un an plus tôt, soit 123,3 milliards de plus (+22,7 %), d'après la note 26 de son rapport annuel. Ce sont des engagements hors bilan, pas des arriérés, et ils ne viennent pas tous à échéance en même temps. L'émission de la semaine en représente 19,5 %, sans que la banque ait dit ce qu'elle financera. Or la BDEAC n'a décaissé que 18,65 milliards de FCFA de prêts en 2025, pour huit projets, contre 32,64 milliards en 2024, soit un recul de 42,9 %. Soit 5 % de son objectif annuel de 373 milliards, et 3,4 % du stock en début d'année. L'obligation arrive à échéance en octobre 2029. Trois ans au rythme de 2025 représentent environ 56 milliards de FCFA, moins de la moitié des 130,2 milliards levés. Ce calcul est le nôtre, il ne prévoit rien, et le communiqué ne donne pas l'échéancier de remboursement.

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666,4 : milliards de FCFA de financements confirmés mais non versés par la BDEAC à fin 2025, contre 543,1 un an plus tôt

Des engagements en attente, une trésorerie qui a presque doublé

Les prêts BDEAC contractés par l'État camerounais présentaient 151,7 milliards de FCFA restant à tirer au 30 juin 2026, selon les données provisoires de la Caisse autonome d'amortissement (CAA). Le dernier tirage visible date de janvier : 14,5 milliards de FCFA, au titre du plan de riposte à la Covid-19. Aucun n'est enregistré de février à juin. Ces chiffres ne couvrent que les prêts à l'État, pas ceux accordés aux entreprises, donc ils ne disent pas si d'autres emprunteurs camerounais ont été financés, et ils mesurent le seul Cameroun, sans rapport additif avec les 666,4 milliards de l'ensemble de la banque. Ni la CAA ni la banque n'expliquent la pause.

Dans son rapport annuel, la BDEAC liste elle-même ce qui conditionne un décaissement : les conditions suspensives des accords de financement, le respect du calendrier des travaux, la concordance entre les montants demandés et l'avancement réel du chantier, l'absence d'impayés. Une nouvelle obligation n'en supprime aucune. Le recouvrement pèse aussi : 39,65 milliards de FCFA encaissés sur 185,18 milliards facturés en 2025, environ 21 %, les emprunteurs publics représentant 78 % des montants facturés. La banque l'attribue à la pression sur la capacité de paiement de ses emprunteurs, publics surtout, sans dire quelle part de la lenteur revient à chaque cause. Sa trésorerie est passée de 66,2 à 128,3 milliards de FCFA, dont 12,9 milliards gérés pour des tiers ; un solde de fin d'année ne dit pas ce qui était libre pour prêter.

Au coupon de 7,88 % appliqué aux 130,2 milliards de FCFA, les intérêts avoisineraient 10,3 milliards de FCFA par an, soit environ le double du bénéfice net 2025 de la BDEAC, 5,24 milliards, selon Investir au Cameroun. C'est un ordre de grandeur calculé sur le nominal : le communiqué ne donne ni l'échéancier de remboursement du principal ni le détail de la couverture de change, et l'emprunt peut valoir son coût si les fonds sont bien employés.

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Au rythme de 2025, trois ans de décaissements de prêts représenteraient moins de la moitié de cette obligation.

BDEAC : le stock et la nouvelle émission

Milliards de FCFA ; engagements confirmés non décaissés à fin 2024 et fin 2025, et émission du 13 octobre 2026

  • Engagements confirmés non versés, fin 2024 : 543,1

  • Engagements confirmés non versés, fin 2025 : 666,4

  • Émission du 13 octobre 2026 : 130,2

Source : BDEAC, rapport annuel 2025 (note 26) et communiqué du 14 octobre 2026, d'après Business in Cameroon et Agence Ecofin.

BDEAC : ce qu'elle verse, ce qu'elle encaisse

Milliards de FCFA ; objectif de décaissement 2025, prêts décaissés en 2024 et 2025, montants facturés et encaissés auprès des emprunteurs en 2025

  • Objectif de décaissement 2025 : 373

  • Prêts décaissés en 2024 : 32,64

  • Prêts décaissés en 2025 : 18,65

  • Facturé aux emprunteurs en 2025 : 185,18

  • Encaissé en 2025 : 39,65

Source : BDEAC, rapport annuel 2025, d'après Business in Cameroon. Les emprunteurs publics représentent 78 % des montants facturés.

Ce que cela change à Douala et à Kribi

Que change cette émission à Douala et à Kribi ? Le communiqué ne cite aucun projet et ne répartit pas les fonds par pays. Il évoque les infrastructures, l'agriculture, l'agro-industrie et l'industrie dans les six pays de la CEMAC. Le prêt de la BADEA est le seul explicitement destiné aux entreprises, aux PME en particulier, mais la BDEAC n'a pas dit par quelles banques ni à quelles conditions. Pour un exportateur ou un promoteur camerounais, le critère est de savoir si son dossier a rempli les conditions suspensives, et à quelle date le prochain tirage est prévu. C'est la question à poser à la banque et à la CAA.

La BDEAC s'est engagée à tenir une conférence investisseurs et à publier une présentation tous les six mois, avec son portefeuille de prêts et sa liquidité, sans date à ce stade. Le prochain bulletin de la CAA dira si le Cameroun a repris ses tirages sur les prêts BDEAC existants.

À suivre

  • Prochain bulletin de la CAA : Un nouveau tirage BDEAC pour le Cameroun après les 14,5 milliards de janvier

  • Date non fixée : Première conférence investisseurs et présentation semestrielle de la BDEAC sur son portefeuille et sa liquidité

  • 31 octobre : Fin de l'enquête du CNCC sur le fret aérien à Douala et à Yaoundé

  • 1er janvier 2028 : Échéance visée par la CEMAC pour l'interdiction régionale d'exporter des grumes

En bref

Le CNCC enquête sur les blocages du fret aérien jusqu'au 31 octobre. Le Conseil national des chargeurs du Cameroun enquête sur les retards au dédouanement du fret aérien à Douala et à Yaoundé-Nsimalen, selon un communiqué du 6 octobre de son directeur général, Auguste Mbappe Penda, rapporte Business in Cameroon. Menée jusqu'au 31 octobre, elle reprend les griefs de mars 2025, dont les désaccords entre la douane et SGS sur la valeur des marchandises. Selon les derniers chiffres publiés, ceux du deuxième trimestre 2025, les importations ont passé en moyenne 8 jours en magasin aéroportuaire, contre 7,8 un an plus tôt ; les exportations, 29 heures contre 31. Ces chiffres mesurent le séjour en magasin, pas le seul dédouanement.

Le soutien au gasoil passe de 109 à 430 FCFA le litre en trois mois. Selon les calculs de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures cités par Business in Cameroon, le soutien de l'État dans le prix du gasoil est passé de 109,22 FCFA le litre en juillet à 315,47 en septembre, puis 430,30 en octobre. Le prix à la pompe à Douala n'a pas bougé : 828 FCFA pour le gasoil, 840 pour l'essence. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a chiffré à 57 milliards de FCFA le coût du soutien en septembre et n'exclut pas une hausse, sans fixer de seuil.

Yaoundé veut allonger la liste des essences interdites à l'export en grumes. La circulaire budgétaire du 12 octobre demande « une extension de la liste des essences interdites d'exportation en grumes », sans dire lesquelles ni quand, rapporte Business in Cameroon. Un arrêté du 28 avril a porté de 76 à 91 le nombre d'essences interdites ; la CEMAC vise une interdiction régionale au 1er janvier 2028. Selon l'INS, les exportations de grumes ont reculé de 475 401 à 349 611 mètres cubes en 2025 (26,5 % de moins), celles de sciages de 895 572 à 762 007 (14,9 % de moins). Les sciages ont moins reculé que les grumes, mais les deux baissent : rien ne prouve encore que davantage de bois est transformé sur place.

Kribi : un terminal agro-industriel de 102 000 tonnes de stockage en silos, pour 2029 au plus tôt. Le Port autonome de Kribi et KOGT S.A., consortium camerounais, suisse et turc, ont signé le 9 octobre un protocole d'accord pour un terminal de 9,2 hectares : 17 silos offrant 102 000 tonnes de stockage au total, quatre entrepôts de 5 000 mètres carrés, des laboratoires et un accès aux quais en eau profonde. Travaux prévus en 2027, mise en service en 2029, sous réserve des procédures et du financement, que BGFIBank Cameroun doit aider à structurer. Sikafinance et Investir au Cameroun chiffrent l'investissement prévisionnel à 50 milliards de FCFA, dont 40 milliards restent à mobiliser ; la communication du port ne donne aucun montant.

Keda ajoute une troisième ligne de carreaux à Kribi. La ligne K3 doit produire 40 000 mètres carrés de carreaux par jour, soit environ 13,4 millions par an sur 335 jours, selon Business in Cameroon d'après le communiqué de Tefu International du 13 octobre. K1 et K2, de 10,05 millions de mètres carrés de capacité nominale chacune, en ont produit 21,21 millions en 2025, au-delà de leur capacité nominale, contre 8,87 millions en 2024. K3 ajouterait environ deux tiers de capacité. Coût, financement et date de mise en service ne sont pas publiés.

Sources

  1. Business in Cameroon, BDEAC : 130 milliards de FCFA levés et 666 milliards non décaissés, 15 oct. 2026 : https://www.businessincameroon.com/finance/1510-16978-bdeac-raises-cfa130-billion-to-accelerate-loan-disbursements-after-cfa666-billion-backlog

  2. APA News, BADEA-BDEAC : un prêt de 30 millions d'euros, 14 oct. 2026 : https://fr.apanews.net/business/badea-bdeac-un-pret-de-30-millions-deuros/

  3. Investir au Cameroun, BDEAC : bénéfice net de 5,24 milliards de FCFA en 2025, 8 mai 2026 : https://www.investiraucameroun.com/gestion-publique/0805-23378-bdeac-le-benefice-net-progresse-de-58-3-a-5-24-milliards-de-fcfa-en-2025

  4. Port autonome de Kribi, terminal agro-industriel, 9 oct. 2026 : https://pak.cm/en/kribi-port-strengthens-diversification-with-agro-industrial-terminal-project/